vendredi 2 décembre 2016

Que faire des classes moyennes ? de Nathalie Quintane


Au titre de "Que faire des classes moyennes ?" , comme en écho , je réponds par une question : C'est quoi ce livre ? Et n'entendez pas dans le "quoi" quelque chose de dépréciatif, de moqueur, de soupir excédé de lecteur ayant été agacé....non...entendez plutôt une interrogation épatée, celle de quelqu'un découvrant un territoire inconnu qui l'étonne agréablement.
Pour répondre à ma question disons que le livre de Nathalie Quintane serait de la sociologie qui aurait zoné chez Desproges, bu un verre avec un révolutionnaire et décidé de tirer la langue à tous ces illusionnistes du langage qui glosent à longueur d'année dans nos médias. En le qualifiant ainsi, je suis encore bien en dessous de la vérité, car ce texte presque foldingue développe bien plus que cela.
En prenant comme thème l'idée que l'on se fait, que l'on essaie de nous donner des classes moyennes, l'auteure, navigue dans ce concept au gré d'une fantaisie que je qualifierai de rageuse. Avec une poésie gauguenarde, elle associe toutes sortes de théories, de calculs, décrits des schémas en bouteille, en pyramide, baguenaude au gré des clichés, cite longuement Debord, part en Afrique, rôde dans les lotissements de banlieue, débusque les moindres signes de ce qui pourrait caractériser cette classe moyenne, masse nébuleuse et moutonnière. Sans jamais répondre réellement à la question du titre, au fil des pages, par petites touches, par toutes petites saillies impertinentes, par des détails glissés subrepticement au détour d'une phrase, le portrait se dessine petit à petit. Et celui que j'ai cru dresser, moi membre de cette classe moyenne, est franchement pas sympathique. Je suis donc un ex pauvre qui fait tout son possible pour ne pas revenir en arrière, consommant, courant, me perdant dans des désirs balisés par des riches, fermant les yeux sur les miséreux pour qu'ils ne gâchent pas ma petite vie, ayant peur de l'étranger, vivant dans l'illusion de la richesse, de la culture et de la démocratie. Oui, c'est cinglant comme une des dernières phrases de son livre, qui ouvre des champs de réflexion pour qui veut l'entendre : " ...les classes moyennes étaient en train de mettre en place le système de compensation qui permettrait que tout change pour que rien ne change, ...", affirmation qui laisse à penser qu'elles sont sans doute le principal obstacle à tout changement démocratique.
Cependant, ce que je ne peux reproduire ici, c'est la manière, le style dont toutes ces choses là sont dites. Je me suis trouvé devant un texte complètement original, jamais péremptoire, au style haché, foutraque, avec parfois de longues phrases bourrées de sens,  sautant de ci de là sur des idées, un trait d'humour par ci, une remarque narquoise par là, comme un collage aux apparences à la fois déjantées et sérieuses qui petit à petit finit dans l'esprit du lecteur par devenir une thèse.
Honnêtement, je n'avais jamais lu un texte de Nathalie Quintane. Mon achat a été dirigé par son titre un poil provocateur. Et je me suis retrouvé fasciné par cette démarche que je qualifierai de littérature sociologique artistique, une sorte d'art contemporain littéraire qui n'oublie jamais qu'écrire c'est combattre, que s'exprimer c'est tenter de vivre, de survivre, de progresser, le tout avec sérieux et humour ( noir je vous l'accorde) .... Franchement, nos librairies recèlent des merveilles !

jeudi 1 décembre 2016

L'administrateur provisoire de Alexandre Seurat

S'il y a un point commun entre "La maladroite"  le si réussi premier roman d'Alexandre Seurat et celui-ci, son deuxième, en plus de ce mélange roman/documentaire, c'est sans doute l'incommunicabilité. Mais cette incommunicabilité au sein d'une famille bourgeoise va plus beaucoup plus loin que celles des personnages isolés de son précédent ouvrage, elle résonne sur plusieurs générations et s'appelle ici "secret de famille". 
"L'administrateur provisoire" du titre se nomme Raoul H, bourgeois que l'on sent hautain et fermé. Il gère durant la dernière guerre les biens de juifs réquisitionnés par  l'état français. L'époque sombre permet à ces personnes (10 000 administrateurs provisoires ont été ainsi nommés durant cette période), sous couvert de lois antisémites, de commencer par saigner économiquement ces populations avant que la France de Vichy ne les fasse monter dans les trains de la mort. Cette fonction a bien sûr permis toutes sortes de fraudes, de détournements et mais aussi d'enrichissements personnels des administrateurs. Quand le narrateur de l'histoire, homme un peu indéfini, juste arrière petit-fils de ce Raoul H, commence à s'intéresser au passé de sa famille, il se rend compte que cet emploi sulfureux a été bien camouflé au fond d'une mémoire collective préférant l'oubli ou les miettes réinventées d'un passé arrangé. Après avoir interrogé parents, oncles et grands-parents, ce sont les recherches dans les archives et l'exhumation de vieux dossiers qui révéleront au grand jour les agissements sans scrupule, sans une once d'humanité de l'ancêtre. 
Ce passé peu glorieux a couru dans les têtes de cette famille dont les apparences parurent sauvés par ce passé enveloppé de silence. Mais le roman, par une construction  beaucoup plus complexe que la simple narration d'une enquête historique,  parvient à démontrer que le secret finit toujours par resurgir, voire être sans doute l'élément déclencheur d'une mort trois générations plus tard. En mêlant, exhumations de dossiers oubliés, présence rêvée ou fantasmée d'un grand frère décédé, moments d'un procès dont on ne saura l'exacte teneur qu'en fin de récit et reconstitution romanesque de la vie de juifs spoliés, Alexandre Seurat, ambitionne, avec ce subtil entrelacs de genres, de mener le lecteur au coeur d'un secret vénéneux. C'est grandement réussi tant le rappel historique de cette période si minable de notre histoire nous prend à la gorge durant notre lecture, même si parfois, surtout au début du roman, on se perd un peu dans cette lignée bourgeoise. 
Une fois refermé le livre, bouleversé, on se prend à penser que les secrets de famille ont la vie dure et qu'ici, malgré les efforts redoublés du narrateur pour connaître la vérité, toutes les portes ne se sont pas ouvertes pour autant. Il y a une mort qui hante ces pages, celle de ce frère dont on ne saura pas exactement le pourquoi de sa disparition, prouvant ainsi, que malgré toute la meilleure volonté du monde, les faits proches ne se digèrent pas facilement et seront de toute évidence maladroitement enfouis dans les mémoires avec une espérance d'oubli. 

vendredi 25 novembre 2016

Les nuits de Williamsburg de Frédéric Chouraki


"Les nuits de Williamsburg" possèdent une petite originalité que je pense inédite. Le premier chapitre est un dégommage en bonne et due forme de l'auteur et de ses précédents livres et le dernier (chapitre ) la presque critique de celui-ci. On n'est jamais aussi bien servi que par soi-même !
 Nous sommes donc prévenus, Samuel ( pas physiquement un double de l'auteur, j'ai vérifié mais qui doit bien y ressembler quelque part) se fait lourder de chez son éditeur faute de ventes conséquentes. Les 453 exemplaires écoulés de son précédent roman ne pèsent rien face à la rentabilité et son obsession à mettre systématiquement un jeune juif gay du Marais comme héros segmente un peu trop le lectorat. Et si vous rajoutez une prose qui souffre d'un amoncellement de références abstruses et d'un vocabulaire trop référencé, nécessitant de prendre un bon dico toutes les trois minutes, l'oeuvre à des allures invendables.
Dèche pour dèche, et avec un début de quarantaine assaillie par quelques bourrelets, l'ex jeune auteur prometteur, gay et juif,  décide de tout quitter ( en fait un studio miteux dont il est viré aussi et son univers parisien dont il connaît le moindre urinoir) pour New-York et surtoutle quartier  hipster de Williamsbourg. Sans le sou, avec un sac à dos et des rêves façon beat génération, Samuel va déchanter. Il doit bosser comme un nègre dans un restaurant italien, crécher chez un vieux pote qui ne le supporte pas et en plus traîner dans des back rooms où le moindre rapport sexuel ressemble à un téléfilm rose d'antan... Heureusement pour lui, une rousse incendiaire et frénétique, pour qui il deviendra un véritable étalon, le sortira de cette impasse.
Pas de tromperie sur la marchandise, ce qui a été annoncé au début est bien là. Y'a de l'homo, de la judéité mais aussi de l'humour, beaucoup d'humour. Le roman démarre donc sur les chapeaux de roue,  avec un regard drôle et grinçant sur la population du Marais parisien puis sur celle des nouveaux riches new-yorkais qui gentrifient la plupart des quartiers. Même les nombreuses références à la religion juive et à ses fêtes et traditions n'arrivent pas à entraver le rythme endiablé des tribulations de Samuel. Mais à la longue, et surtout à partir du moment où il rencontre Rebecca, la rousse incendiaire, aussi nymphomane que juive orthodoxe, tout ce verbiage, vraisemblablement humoristique autour des traditions religieuses,  commence à devenir plus pesant, voire un peu insistant. La méconnaissance de toutes ces traditions m'ont fait manquer surement tout le sel d'allusions rigolotes autour de ces traditions.
Je ne dirai rien du final où le vénéré Jack Kerouac joue un grand rôle, juste que je n'ai pas été vraiment convaincu, cette touche un peu fantastique tombe un peu comme une mèmère de la manif contre le mariage pour tous dans un sauna gay.
Malgré ces quelques remarrques, ce dixième roman de Frédéric Chouraki, surtout dans cette rentrée littéraire tristouille, est un petit rayon de soleil d'humour. Tiré à 2222 exemplaires ( c'est noté en fin de livre donc on peut supposer qu'il ne sera pas viré par son éditeur), "Les nuits de Williamsburg" devrait plaire dans le Marais, aux juifs qui ne craignent pas l'humour et à d'autres qui, comme moi, se trouveront transportés de façon agréable dans des sphères un peu inconnues...  Plus de 453 personnes c'est certain !

jeudi 24 novembre 2016

Comédies de Marin Karmitz avec Caroline Broué


Pour être franc, à part sa chaîne de multiplexes parisiens et ses société de productions et de distributions, je ne connaissais pas grand chose sur Marin Karmitz. Tout au plus avais-je eu écho de la polémique concernant sa nomination par Nicolas Sarkozy à la tête du CCA ( Conseil de Création Artistique) et fabriqué, en glanant au fil de lectures, une vague idée de personnage point facile. " Comédies" allait être l'occasion d'approfondir un peu cette personnalité marquante du cinéma français.
Le livre démarre de façon classique avec les origines roumaines et l'enfance dans une famille très aisée qui immigrera en France juste après-guerre, pays d'adoption à qui Mr Karmitz voue une reconnaissance éternelle. Puis suivront une adolescence et un début de vie adulte dans un Paris qui connaîtra mai 68 et ses nombreux mouvements libertaires. Le jeune Marin, sera un temps maoïste tout en commençant à réaliser des documentaires assez polémiques, avant de tout abandonner pour se consacrer à la création de son entreprise de salles de cinéma.
Cette première partie, ponctuée d'anecdotes et d'odeurs de tilleul, mélange de légèreté et de nostalgie, pose aussi les éléments qui ont été le moteur de sa réussite. Aux très belles convictions de gauche, que la culture peut changer la vie et les hommes ( façon de lutter contre le fascisme),  aux images des cinémas, espace de lumières éclairant autant les esprits que la cité, s'ajoute aussi une foi opiniâtre dans l'envie de proposer des œuvres intelligentes et profondes aux spectateurs. Je ne peux donc que souscrire à cette démarche et les quelques anecdotes y afférant renforcent l'idée que l'on se trouve face à une personnalité soucieuse de promouvoir une culture exigeante. Cependant, nous sommes dans une sorte d'autobiographie et même si parfois Marin Karmitz se reconnaît comme pointilleux et pas toujours facile ( tiens, tiens...), le lecteur que je suis se doute bien que l'homme se présente sous son meilleur jour. Je ne suis pas parvenu à gommer que cette facilité à la réussite tient en partie à un excellent réseau que sait se fabriquer la bourgeoisie ( même venant de Roumanie) et sur lequel le jeune Marin a su s'appuyer très tôt. Avoir les adresses mais aussi les codes dès le départ, aident sans doute à créer plus aisément un petit empire même à vocation hautement culturelle. Mais les faits sont là, MK 2 représente dans Paris des pôles d'animations et d'échanges importants, souvent dans des quartiers réputés au départ difficiles, .... mais qui entendent rester sans trop de concurrence. La petite guerre menée contre les salles municipales de Montreuil, racontée dans le livre, ne m'a, par contre, pas du tout convaincu, pensant que plus les lieux culturels étaient nombreux mieux c'était. Seulement j'ai un point de vue de spectateur pas de chef d'entreprise. Et là, j'ai bien senti que le tiroir-caisse passait au final avant les jolies théories.
Déjà, un peu sceptique malgré les effets de manche pour m'attirer pleinement à sa cause, j'abordais la dernière partie avec curiosité, surtout que celle-ci apparaissait comme la raison d'être première de ce livre. Marin Karmitz veut se justifier quant à ses deux années à diriger le  CCA ( Conseil de Création Artistique), passage qui lui a valu opprobre et quolibets. Mais qu'allait donc faire un homme se disant de gauche dans une institution créée par Mr Sarkozy, personnalité droitière et aux apparences aussi peu sensibles à l'art et à la culture ? C'est simple, il voulait changer les choses, révolutionner le monde culturel de l'intérieur. Le propos est convaincant et cet homme à cet endroit me m'est pas apparu comme déplacé. Une dizaine d'actions ont été menées.  Lui les juge plutôt positives ou intéressantes. Sans doute le sont-elles ...ou pas.... ce n'est pas à moi d'en juger, surtout après la lecture d'un seul avis. Il semblerait que la lourdeur administrative et la redoutable concurrence avec le ministère de la culture ait eu raison du conseil qui s'est auto-dissolu par envie de liberté intellectuelle... Etrangement, dans cette partie polémique, l'engagement de l'homme de culture qu'est Marin Karmitz, sa capacité à générer des idées et à les mettre en place, m'a plus convaincu que le chef d'entreprise bulldozer qui éclaire la ville avec les façades de ses cinémas.
Mon avis reste circonspect quant à l'homme, car certaines accroches de la journaliste recueillant les propos de Mr Karmitz, placées en début de quelques chapitres, mettent le doigt où ça gratte un peu, essayant gentiment de recadrer le portrait trop joli du monsieur. Pour ce qui est du livre, par contre, ce fut un réel plaisir de lecture car celui-ci est bourré d'anecdotes autant sur certains tournages de film que sur le mouvement gauchiste des années 70. On y trouve aussi de très belles pages sur la censure, sur la violence du cinéma ( détesté) de Tarantino ou sur sur le fascisme.
Ce presque auto-portrait de Marin Karmitz nous fait découvrir un homme à la personnalité complexe et sans doute clivante, mais a le mérite de nous plonger dans certains rouages de notre société et notamment ceux autour du cinéma et du monde culturel. Ce n'est qu'un point de vue mais il est sacrément intéressant !


mercredi 23 novembre 2016

La fille de Brest de Emmanuelle Bercot



Voici cinq questions qu'un éventuel spectateur peut se poser devant l'affiche de ce film.

C'est quoi ce titre ? 

Fille...Brest... du coup, on voit un port, une fille à marin. Serait-ce l'histoire d'une prostituée ?  Perdu ! Si la promo vous a  épargnés,  vous ne savez donc pas que cette dénomination est celle donnée par les laboratoires Servier à Irène Frachon, la désormais célèbre pneumologue du CHU de Brest qui a découvert les vertus malfaisantes du Médiator. Exit, l'idée d'un film un peu coquin et bonjour le portrait de femme forte et déterminée face à un monstre pharmaceutique puissant.

Ca ressemble à un téléfilm ? 

Ca pourrait et, honnêtement, au début on y pense. Malgré un format scope, la mise en place n'a guère d'originalité. Ce sera un récit linéaire, dans un Brest un peu gris et avec une comédienne plus marquée par son interprétation d'une série télé à succès, " Borgen, une femme au pouvoir" que par son interprétation dans "L'hermine " il y a peu. Cependant, l'histoire possède assez de force pour intéresser le spectateur. Le film lorgne énormément vers cette spécialité américaine du " seul(e) contre tous ou une puissance" et se voit obligé d'emprunter un chemin narratif assez balisé mais efficace au final car, avec un sujet un peu complexe et médical plus plus, le scénario a su lui donner un côté suspens haletant. On notera un moment que pour ma part j'ai trouvé étonnant et qu'aucune télé française aurait idée de mettre dans un téléfilm, c'est la scène de l'autopsie. Je l'avoue voir le corps de la comédienne Isabelle de Hertogh, au rôle follement empathique, s'ouvrir sous nos yeux, totalement dépecé, reste une vision difficilement soutenable mais forte émotionnellement ( âmes sensibles s'abstenir).

Emmanuelle Bercot à la réalisation, c'est un film de festival ? 

Certes, le film a fait l'ouverture du festival de San Sebastien, est allé à Toronto, sans doute en partie grâce (ou à cause) du doublet cannois de l'an passé, mais, rien à voir avec l'hystérie de "Mon roi" ni la dureté de "La tête haute". Le film est efficace, d'utilité publique donc politique mais au final très plan plan au niveau cinéma. Il pourra sans problème être suivi d'un débat lorsqu'il passera à la télévision, il en a tout à fait le profil et semble même avoir été conçu pour ça.

Un film à Césars pour les comédiens ?

C'est vrai que, comme aux States pour les Oscars, le film fait penser aussi à une machine à prix. Si l'on est surpris au départ qu'Irène Frachon, bien française, soit incarnée à l'écran par l'actrice  Sidse Babett Knudsen et son délicieux mais décalé accent danois, la comédienne arrive quand même à nous entraîner dans son sillage avec énergie et opiniâtreté malgré son regard bleu azur si séduisant ( mais qui peut prendre des reflets terriblement durs). Alors, comme elle a déjà obtenu le césar du meilleur second rôle l'an dernier, une nomination dans la catégorie supérieure peut effectivement s'envisager. Benoit Magimel peut espérer, pourquoi pas, un petit cadeau des césars, peut être un peu compassionnel... Si je pouvais donner mon avis, je récompenserai Isabelle de Hertogh absolument formidable dans le rôle de la patiente témoin.

Faut-il aller voir le film ? 

Oui, sans aucun doute. "La fille de Brest" reste un cinéma simple, qui s'efface derrière son sujet sans aucun effet auteuriste. Beau portrait de femme battante et incorruptible comme chronique implacable d'un scandale sanitaire, le film intéresse et active bien notre esprit prompt à s'indigner. C'est déjà ça et même beaucoup ! Lutter contre les injustice et les puissants, un thème qui sera, je l'espère de plus en plus fédérateur.


lundi 21 novembre 2016

Bronson de Arnaud Sagnard



Lire ce qui ressemble à une biographie de Charles Bronson, l'acteur américain taiseux et aux films violents qui ressemblaient à des panégyriques pour la NRA, ne me serait pas venu à l'idée. L'homme à l'harmonica d'"Il était une fois dans l'Ouest", a vu sa carrière culminer dans des séries B ( Z?) assez abjectes. L'acteur a disparu des écrans au début des années 90, est décédé une décennie plus tard et, l'eau  ayant coulé sous les ponts, son image violente s'est patinée. C'est donc avec curiosité que je me plongé dans ce premier roman qui n'est ni réellement une biographie, ni une exographie, plutôt une évocation originale de Charles Buchinsky ( son vrai nom) où sa vie se mêle avec celle de l'auteur, un peu comme l'avait fait il y a quelques années Nathalie Léger avec " Supplément à la vie de Barbara Loden " ( prix du livre Inter 2012) et d'ailleurs citée dans le roman.
La vie et l'oeuvre de Charles Bronson se résume assez vite. Fils de mineur de Pennsylvanie, il part comme tirailleur sur un avion durant la seconde guerre mondiale. A son retour il s'inscrit dans des cours de théâtre et commence à jouer des seconds rôles exotiques obtenus surtout grâce à son physique entre gitan et indien si particulier et si photogénique. Après quelques rôles marquants, surtout en Europe, il devient star avec des films tournant autour de froids tueurs sans expression.
Bien sûr, comme toute célébrité, un biographe aurait tiré plein de choses de toute cette vie, entre anecdotes et potins de gazette. Et au début du roman, j'ai pensé que c'était le cas. Le récit de l'enfance pauvre au fin fond des USA m'a totalement embarqué. Arnaud Sagnard, très inspiré, aborde cela avec passion et enthousiasme, se permettant de très belles digressions qui éclairent merveilleusement cet enfant qui voit sa famille disparaître petit à petit, vaincue par la poussière de charbon. Mais une fois dans la vie adulte de l'acteur, le roman prend une autre tournure. Le narrateur ( l'auteur ?) semble avoir une fascination dévorante pour Bronson, sa figure minérale ( bien plus chic que de dire inexpressive et muette ) hante sa vie même dans les parcelles les plus intimes comme lors de la presque fausse couche de sa compagne.  Le narrateur file sur sa trace aux Etats-Unis, collectionne livres et films, en revoit sans cesse certains et va même jusqu'à retrouver la trace de l'acteur dans les compte-rendus des interrogatoires de Dany Leprince dans l'affaire de Thorigné sur Dué, inquiétante anecdote qui montre l'impact possible des films sur la vie des gens. Et soudain, les vies se mélangent, la mort rôde dans les pages du livre. Des moments racontés d'un film marquant ( Le flingueur.... hmm le titre...) ouvrent chaque partie. Charles Bronson, donne beaucoup la mort sur pellicule, conséquence inconsciente de l'avoir beaucoup approché dans la vie. Le narrateur amalgame cette trajectoire de star  avec une vie de fan au bord du gouffre, enfermé dans une passion aux saveurs mortifères.
Le résultat est un roman original, magnifiquement bien écrit, qui éclaire la vie de cet acteur, qui fut en son temps très critiqué pour son apologie cinématographique de l'auto-défense, d'une lueur moins crue, plus nuancée. L'ensemble se lit avec intérêt même si, je l'avoue, la dernière partie qui fait la part belle à de multiples digressions, m'a paru un peu longuette et partant un peu en vrille. Je ne pense pas que les fans de Charles Bronson y trouvent leur compte. Les aficionados des romans exigeants au style littéraire par contre...




dimanche 20 novembre 2016

Le monde merveilleux du mari modèle de Jason Hazeley et Joël Morris



Observez bien la couverture de ce livre car, si sur mon conseil vous vous rendez en librairie pour l'acquérir, vous risquez de poser un problème à votre libraire si l'ouvrage ne lui a pas tapé dans l'œil. Où a-t-il bien pu le ranger ? Avec les poches ? Au rayon BD ? Au rayon humour ? Une recherche ardue sera nécessaire car l'ouvrage, malgré une belle couverture cartonnée, est peu épais (56 pages ) et peut se faufiler n'importe où. 
Pourquoi auriez-vous envie de vous procurer un tel ouvrage ( ou un de ses frères car, deux sont sortis au même moment  : " Le monde merveilleux de la crise de la quarantaine "et " Le monde merveilleux de la gueule de bois", titres tout aussi alléchants que réussis ) ? Tout simplement car ces petits albums pour adultes ont un triple effet. Un effet personnel car il est toujours bon de rire un bon coup surtout dans une période aussi anxiogène, un effet amical car on prendra toujours plaisir à offrir ce petit livre  même à des personnes qui ne lisent pas ou peu et enfin un effet économe.  Pour 6,50 euros, vous protégez votre budget tout en faisant plaisir,  car ce poche, en plus d'être drôle, a la particularité d'être un bel objet. 
Mais diable que renferment ces ouvrages formidablement bien traduits de l'américain ( USA) ? Le concept relève un peu de l'histoire de la presse et de l'illustration. Au Etats-Unis,  dans les années 50 la vie si jolie de ce peuple se retrouvait représentée un peu partout dans les magazines et les journaux avec des illustrations totalement stéréotypées dans ce style là : 

Tout un monde où les femmes étaient de jolies ménagères aimant astiquer leur foyer et leurs mari...enfants. Un univers où l'homme était un mâle fumant la pipe, buvant un drink dans son fauteuil en regardant la télévision pendant que l'épouse énamourée préparait le repas. ( En France, les écoles propageaient ce genre de représentations sous la forme de grandes illustrations édifiantes que les élèves d'alors commentaient sous la houlette bien pensante de leur enseignant(e) ). 
La série "Le monde merveilleux... " reprend donc ces tableaux charmants mais en  y collant des commentaires décalés, ironiques, bien sentis que des détails d'aujourd'hui rendent encore plus hilarants. Pour celui autour du mari modèle, les auteurs jouent avec tous les clichés qui accompagnent un homme marié, c'est à dire bricoleur, amateur de football, buveur, taiseux, un sexe à la place du cerveau, amateur de voiture, ... et les détournent joyeusement.  Cette confrontation entre illustrations vintages et petits textes irrévérencieux d'aujourd'hui, est un petit régal d'humour assez grinçant. Jugez celui-ci qui n'a pas forcément besoin d'être lu avec l'illustration ( même si celle-ci apporte un clin d'œil bienvenu) : " Le mari aime que les choses soient bien rangées. A la maison, les DVD, clés à mollettes, chemises, .... sont tous rangés dans un ordre compréhensible par lui seul. Olivier classe les chaussures par ordre alphabétique. Elles seront moins faciles à trouver mais au moins, ce sera logique.  Il n'est pas rare que la femme d'Olivier fonde en larmes au milieu de la nuit. "
L'éditeur précise que " cette collection a été créée pour vous aider à supporter l'absurdité totale de votre existence", je crois qu'elle y réussit parfaitement et si je regarde autour de moi, je vois beaucoup de personnes pour qui, alors qu'arrivent les cadeaux de fin de l'année, je vais essayer de rendre la vie un peu plus drôle qu'elle ne l'est !